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Les Néréïdes (inspiration Yourcenar) |
Je suis l'impératrice du pays des rêves. Venez lire mon histoire... |
Pendant ces deux ans je vivais à l'écart de leurs rires et de leurs plaisirs multiples. Pour se nourrir, l'humain laissait couler du miel sur le ventre de ma fille et le parcourait de ses lèvres, il prenait du plaisir à sentir la chaleur de leurs corps de déesse qui n'en était pourtant pas. A l'aube, il chantait doucement à l'oreilles des êtres nus qui se réveillaient le sourire aux lèvres et une nouvelle envie de plaisir encore et toujours. Ce Panégyotis se faisait passer pour un dieu en leurs procurant du plaisir et en laissant couler ses rêves sur leurs corps que le soleil peut-être engendrait. Il montait sur un cheval ailé dans les plaines de nuages et elles voletaient grâce à leurs ailes qu'elles imaginaient autour du blanc destrier. Elles se roulaient aussi dans le sable des dunes jusqu'à la mer où les vagues les engloutissaient dans un fracas de joie et les emmenait dans les bas fond d'un océan sans cesse renouvelé par leur imagination. Car l'empire du rêve a une particularité, celle de donner l'existence à toutes choses imaginées. C'est ainsi que notre monde et que notre temps est infini pour celui qui sait s'y perdre. Parfois, n'ayant pas envie de bouger, ils s'allongeaient dans un tapis de pétales de roses de couleurs multiples et s'endormaient jusqu'à la nuit où elles créaient des cercles autour d'arbres et de rochers créant ainsi pour le lendemain des montagnes infranchissables mais qu'elles franchissaient pourtant le lendemain grâce à leur imagination qui repoussait sans cesse les limites de ce monde enchanteur. J'entendis le cri du monde réel appeler Panégyotis et lui, trop heureux pour l'entendre, continuait à se perdre dans les bras des féminines immortelles. Je fit cesser cette étreinte en sachant que jamais plus il ne pourrait parler. Je pris tout de même peine à le condamner ainsi mais ma jalousie pour le pouvoir d'attraction qu'il exerçait sur mes sœurs, mes filles, mes sujettes, me reprit et je le renvoyais chez lui, dans son monde qu'il détesterait après avoir connu le nôtre. Il se réveillât alors dans une nuit sans lune dans la clairière même où il nous avait aperçues dansant encerclées par nos rêves. Les gens qui le recherchaient depuis deux jours le trouvèrent ainsi blotti entre deux racines. Quand il se réveilla le lendemain, il ne savait exprimer que quelques mots, se servant de ceux-ci pour nous décrire dans notre plus belle nudité. Les Néréïdes n'éprouvèrent plus de bonheur et ne souriaient plus après son départ, je dois avouer que moi non plus car cet humain spécial au lieu de se faire envoûter nous avaient envoûtées en même temps. Autant que nous ne pouvions nous passer de lui. Des larmes de sang ne cessaient de s'écouler de nos yeux. Combien de fois ma fille ne voulût pas mourir ? Son désespoir était aujourd'hui qu'elle fût immortelle. Elle ne cessait de me réclamer sa liberté pour le retrouver en son monde. Je ne pouvais faire ça car je l'aimais trop. L'amour est sacré ici, nous nous soutenons et nous n'avons pas la même conception de l'amour. Nous prîmes la forme d'humaines américaines pour le revoir. Nous nous cachions dans la vielle cabane d'un pécheur mort pour nous avoir vues. Nous descendîmes alors, à trois en la forme humaine, mais nous étions toutes en elles. Panégyotis avait vieilli malgré son âge peu avancé, ses yeux étaient vides devant les paysages désolés de ce bas monde qu'il comparait sans cesse aux paysages du monde du rêve. Il nous reconnût mais comprit qu'il ne fallait pas réagir devant ces vils humains... Alors ma fille laissât glisser un de ces cheveux dans la paume de l'homme que nous aimions lui donnant ainsi la promesse qu'à sa mort il nous rejoindrait à force de patience. Nous lui donnâmes rendez-vous tous les soirs dans la clairière des arbres désormais immortels où, pour la première fois il nous avait vues dans notre plus parfaite nudité. Après sa mort il nous rejoint effectivement dans ce monde qui fût le sien à jamais. Il réapparut tel qu'il était dans sa jeunesse, fier et beau ayant recouvert l'usage de la parole. Il ne l'utilisait que très peu car il préférait perdre son plaisir sur les corps de courbes délicates des Néréïdes. Si un jour vous voyez un cercle de pins sur une colline aux fin fond d'une île grecque asseyez-vous au centre et fermez les yeux... Lou, impératrice du pays du rêve. |
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